Il faut le faire. Loin des tables dorées, dressées dans des intérieurs cossus, une trentaine de bénévoles de l'ASBl «Excepté Jeunes» a invité, samedi, plusieurs dizaines de personnes seules, isolées ou simplement peu gâtées par la vie, à venir les rejoindre dans la salle Guisset de Belgrade. À la tombée de la nuit, celle-ci ressemblait à un petit miracle de générosité et de don de soi : tandis que leurs protégés assistaient à une séance de cinéma, en ville, les bénévoles disposaient sur des étals jouets, vêtements et provisions alimentaires. C'était émouvant de voir ce fourmillement de bonnes volontés, à l'oeuvre d'un «vrai» Noël chrétien, rejoignant au plus profond de lui le message d'espérance de cette fête de l'Amour fait enfant.

Ils ont été plusieurs dizaines de Namurois, issus de la région, à venir s'attabler dans la salle Guisset, devant un bon repas trois services. Toute l'année, ils dépendant des services sociaux, des Restos du coeur, de l'association Saint-Vincent de Paul et d'autres services d'aide aux plus démunis.

Ils sont venus avec leurs enfants à ce rendez-vous de la solidarité et, sans cette merveilleuse invitation, ils seraient sans doute restés seuls. Noël aurait été un jour comme les autres, gris et morne.

Les bénévoles, quels qu'ils soient, jeunes et moins jeunes, viennent trouver au sein de ce Noël solidaire un sens à la fête.

«Quand on y a goûté, à cette joie des autres, on ne peut plus faire autrement» commentait samedi soir Fabian Martin, le responsable de l'ASBL.

Le bus est sorti, merci le TEC

Ils ont tous bravé la neige et le froid pour donner un peu de leur temps aux autres.

Dès le matin, Fabian Martin a dû téléphoner d'urgence à un responsable des TEC afin qu'un bus, en dépit des mauvaises conditions climatiques, puisse quand même acheminer à Belgrade la centaine de convives attendus. La veille, l'angoisse serrait les coeurs des organisateurs : «Le bus pourra-t-il sortir?» Et bien oui, il est sorti. Alléluia.

Fabian Martin salue la solidarité des grandes surfaces et des petits commerces, qui ont bien voulu mettre leurs invendus à la disposition de l'ASBL. C'était notamment le cas de l'incontournable Maison des desserts du coeur de Namur. Il n'y aurait pas eu pareil Noël sans ces chaînes de solidarité patiemment organisées tout au long de l'année pour récolter des vêtements, des chaussures, des jouets. Le 25 décembre, ils sont offerts à ceux que le Père Noël a oubliés dans sa tournée. Il s'agit d'une omission, d'une injustice, que l'ASBL «Excepté Jeunes» refuse et veut chaque année réparer, en n'écoutant que son grand coeur.

Ce fut au bout du compte un Noël magique dans une société souvent décriée pour son égocentrisme, son individualisme et son manque de générosité.

Un Noël blanc qui a dû réconforter les désenchantés de l'existence et ceux qui se désespèrent de la perte des valeurs ou de l'indifférence des plus riches. Un Noël qui a fait un pied de nez a la mauvaise conjoncture économique et aux scénarios du pire. Plus que jamais, l'esprit de Noël cristallise l'espérance en l'avènement d'un monde meilleur et plus juste. À Belgrade, on l'a entendu souffler... P.W.