Les étudiants hésitent. Ils regardent le cuistax sur la ligne de départ. Et puis les flèches tracées sur le sol à la craie rose, entre les petits cônes orange. Parcours easy. Un enfant le ferait en rigolant. Mais ici, dans la cour étroite de la Haute École Albert Jacquard à Namur, les pédaleurs ont de 18 à 23 ans. Et avant de «démarrer», il y a un préalable : chausser des lunettes spéciales. Design franchement pas terrible, mais effet garanti : elles simulent la vision d'un adulte qui conduit avec 1,5 gramme d'alcool dans le sang.

Lunettes spéciales sur le nez, un jeune se lance. Hop! Il écrase instantanément un cône avec sa roue arrière gauche. Dans un tournant pas bien vicieux, à deux à l'heure, il bute à nouveau sur un autre cône. «Là, il est mort! » clame l'une des animatrices de l'association Excepté Jeunes. Un mètre plus loin, le chauffeur cale à nouveau. Cette fois, il n'insiste pas et, à tâtons, il écarte froidement l'obstacle qui bloque sa roue. «Il est encore mort! » diagnostique une fois de plus l'animatrice. L'étudiant a fini. Il se relève. «Une torture! » conclut-il.

Les autres confirment : «On se sent dedans », s'étonne Daïna, 20 ans. «J'ai vraiment l'impression d'avoir bu : l'estomac qui tourne, du mal à estimer les distances, les dimensions ...» «Moi, j'ai carrément mal au coeur », glisse Marie, qui va s'asseoir à l'écart sur un banc.

«Une légère nausée, ça peut arriver », explique l'animatrice d'Excepté Jeunes. «Vous pouvez avoir l'impression que vous n'avez jamais été comme ça, même bourrés. Mais c'est parce que, le plus souvent, on met le temps. On boit, on mange, le temps passe. Le cerveau s'adapte. Ici, votre cerveau n'est pas en phase avec votre vision déformée. Mais c'est la même perception qu'avec 1,5 gramme dans le sang. La limite, c'est 0,5. Et 1,5 gramme, c'est retrait de permis !» rappelle l'animatrice.

«Une promesse»

À l'autre bout de la cour, ça défile au crash test. Il s'agit de reconstituer un frontal à 30 km/h. Ça vous a comme un faux air de Walibi : un plan incliné, un mini-wagon à deux places, des ceintures de sécurité et un système hydraulique pour remonter la «voiture» en haut des rails. On lâche. Grondement des roues métalliques. Et c'est le choc en bas de la mini-côte. Les têtes partent en avant, le bruit est terrible. «Impossible d'anticiper le moment où ça va arriver! » souffle Lolita, 19 ans. «Ça fait un peu mal aux côtes et au cou. Je n'ai jamais ressenti ça, même quand j'avais bu. C'est vachement bizarre. Et ça fait... quelque chose », témoigne l'étudiante.

Lolita ne boit pas quand elle prend sa voiture. «C'est une promesse que je me suis faite », dit la brunette. Pourquoi? Le regard file ailleurs. La vie vous fignole parfois d'autres crash-tests, moins sécurisés que celui-ci.

Daïna non plus ne boit pas. «Je ne supporte pas... C'est moi qui fais Bob le plus souvent ». Et Mélanie, qui a sa licence pour 18 mois et peut conduire seule, sait trop bien que son copain a tendance à boire systématiquement quand ils sortent. «J'ai un ami qui a pris un virage à 150 km/h, complètement bourré. Il a accroché des sapins. Il a vraiment eu de la chance de s'en sortir. ». Mélanie et Daïna sont d'accord : les filles, quand même, ça a moins tendance à «tenter le diable ».